RÉFLEXE POLITISTE: PAR auteurs

Rosanvallon, en tant qu’historien, s’attache aux modèles du passé pour comprendre les structures politiques actuelles. Son ouvrage tire son nom d’une fresque médiévale du XIVe siècle à Sienne en Italie par A.Lorenzetti sur laquelle on retrouve figurés les effets d’un bon gouvernement, à savoir la prospérité, la concorde et en sommes une paix sociale. 

La fresque est exposée en opposition à une autre représentant les effets d’un mauvais gouvernement, corrompu. Il s’appuie sur ces fresques pour proposer une analyse de ce qui fait aujourd’hui un bon ou un mauvais gouvernement

Rosanvallon insiste dans son ouvrage sur l’importance de la  légitimité. Celle-ci passe aujourd’hui presque exclusivement par les urnes. En ce sens, les élections donnent un “permis” pour exercer le pouvoir. Cette idée est d’autant plus renforcée par la présidentialisation de notre régime politique qui tend à donner de plus en plus de pouvoir à une seule personne. Or pour Rosanvallon, c’est un des facteurs qui participe à l’érosion de notre démocratie actuelle. C’est dans cette continuité qu’il développe l’idée d’un mal-gouvernement pour évoquer les défauts de nos démocraties. 

Pour l’auteur, cette prédominance de l’élection du gouvernement affaiblit notre démocratie. Elle entraîne en effet plusieurs dérives, notamment un risque de mauvaise représentation : des responsables peuvent être élus sans réel consensus, tout en prétendant incarner le bien commun ou l’intérêt général, ce qui n’est pas forcément le cas. Cette tendance est d’autant plus importante que les campagnes électorales prennent désormais le pas sur l’action publique elle-même : les responsables politiques se sentent davantage concernés par leur trajectoire personnelle que par les besoins réels de la population, ce qui contribue à creuser la distance avec le peuple.

À rebours de la situation actuelle, Rosanvallon appelle à réhabiliter la responsabilité des gouvernants, mais surtout à réévaluer leurs qualités propres. En somme, il plaide pour un retour à la vertu politique : des dirigeants guidés par l’intérêt général, capables d’empathie, de sens moral, d’écoute. Dans le contexte de présidentialisation du régime démocratique, il élargit les attentes du peuple vis-à-vis de la figure présidentielle. 

Au travers des qualités du gouvernant, le peuple peut ainsi retrouver sa parole. En effet, Rosanvallon met en avant l’importance d’un régime interactionnel qui s’incarne au travers d’une plus grande transparence, favorisant la participation. De fait, les responsabilités du gouvernement s’élargissent, avec non plus un intérêt unique sur sa manière d’accéder au pouvoir, mais aussi sa manière de l’exercer et de l’incarner. In fine, le bon gouvernement apparaît chez Rosanvallon comme un gouvernement proche de ses gouvernés.