RÉFLEXE POLITISTE: PAR auteurs
L’essence de la décision – Graham Allison
1. LA PRISE DE DÉCISION DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES
Dans son ouvrage paru en 1971, Allison s’appuie sur un exemple historique concret : la crise des missiles de Cuba survenue en 1962. Il cherche à analyser les facteurs et les éléments qui ont mené à cette situation. Cependant, il ne s’appuie pas tant sur des facteurs historiques ou les motivations de l’URSS. Au contraire, il analyse le processus décisionnel qui s’est opéré aux États-Unis. Il s’appuie ainsi sur des thèses sociologiques concrètes pour expliciter les actions et les décisions du gouvernement américain. Son explication prend en compte trois modèles distincts de la théorie du choix qu’il analyse conjointement, ce qui constitue tout l’intérêt de sa méthode.
2. LES APPORTS DE LA THÉORIE DU CHOIX RATIONNEL
Cette théorie suppose que les acteurs, notamment étatiques, disposent d’une capacité totalement rationnelle et objectivée pour prendre des décisions. Cela signifie non seulement que l’État dispose de toutes les informations nécessaires pour prendre sa décision, mais aussi qu’il prend nécessairement la décision la plus optimale dans le cas donné. Cette théorie est souvent critiquée, car elle suppose que les États ne commettent pas d’erreurs, qu’ils sont parfaitement objectifs. Pour autant, il s’agit pour Allison d’un facteur important pour appréhender les mécanismes de décision à l’échelle de l’État : le décideur estime être rationnel et pleinement objectif.
3. L’INTÉRÊT DE L’ACTION ORGANISATIONNELLE DE L’ETAT
Allison met aussi en avant les procédures et l’organisation qui amènent à la décision. Ainsi, il reprend l’idée que l’État ne fonctionne pas comme une seule entité. Il s’agit avant tout d’un système composé de plusieurs organisations au fonctionnement propre, ayant chacune leurs propres limites. Les décideurs sont alors soumis à un certain nombre de biais qui altèrent la prise de décision. La machine étant déjà fixée, il est difficile d’en déplacer les rouages et les acteurs suivent les procédures. Allison s’appuie donc sur les théories de la rationalité limitée (Herbert, 1957), pour développer ce second modèle.
4. LA DÉCISION EST AFFECTÉE PAR L’INDIVIDU
Dans ce troisième modèle, Allison souligne l’importance de l’acteur en tant que tel. Celui-ci est aussi soumis à ses propres valeurs, sa propre vision de la politique. Il peut exister des conflits entre les acteurs qui ont une influence sur la prise de décision. L’acteur dispose d’une volonté propre, d’une ambition singulière, qui ont elles aussi une incidence sur la prise de décision. Il se défait ainsi de l’idée d’un acteur pleinement objectif et restaure l’idée que l’individu, contraint par son environnement, prend des décisions empreintes de subjectivité.
5. LA DÉCISION, FRUIT DE CES TROIS MODÈLES
Allison s’est imposé comme un théoricien majeur des relations internationales en insistant sur les facteurs qui conditionnent la prise de décision vis-à-vis d’une situation donnée. Il est nécessaire d’opérer une analyse à plusieurs échelles de la prise de décision pour en appréhender le résultat. Aucun des modèles ne se suffit à lui-même, c’est un processus complexe qui fait intervenir plusieurs couches de responsabilités. Ces modèles permettent ainsi d’évoquer le pourquoi l’État agit ? Comment l’État agit ? Qui influence l’action ?
6. QUEL HÉRITAGE POUR SA THÉORIE DE LA DÉCISION ?
L’ouvrage permet non seulement une analyse modernisée des rapports entre les États dans le cadre des relations internationales, en s’appuyant sur les choix qu’ils opèrent, mais il est aussi extensible au reste de la société. Il s’agit en effet d’un modèle applicable à différentes échelles de l’État, y compris à l’échelle nationale. Il devient donc une base concrète de la sociologie de l’État et de son fonctionnement. Par ailleurs, son intérêt réside aussi dans la méthode appliquée. Il ne s’agit pas d’opposer différentes théories, mais bien de les discuter ensemble, en admettant les limites de chacune
