La fenêtre d’Overton est un concept théorisé par Joseph P. Overton, un juriste américain aussi membre d’un Think Thank prônant un libéralisme économique nommé le centre Mackinac pour les politiques publiques. Elle a pour but d’expliquer ce qui fait que les idées soient jugées comme acceptables au sein du débat public. En ce sens, cette fenêtre introduit une hiérarchisation des idées en fonction de leur place dans l’opinion et l’espace public.
Les éléments à l’intérieur de la fenêtre sont relativement diffusés dans notre société. Plus l’idée est au centre, plus elle est intégrée à la politique, plus elle se retrouve au bord de la fenêtre, plus elle est sensible ou contestée. Pour autant, toutes les idées à l’intérieur sont entendues et débattues, ce qui n’est pas le cas des idées en dehors de la fenêtre. Ces dernières sont en effet irrecevables, voire choquantes et n’ont pas leur place dans le débat public.
Cependant, cette fenêtre, tout comme les idées qu’elle encadre, ne sont pas figées. C’est pour cela qu’on dit que la fenêtre se déplace. De nouvelles idées peuvent donc être intégrées à un certain seuil d’acceptabilité au sein de la fenêtre, tandis que d’autres idées en sortent. Ce décalage est le fruit de plusieurs mécaniques et effets sociaux ou médiatiques. Il est important de retenir que c’est avant tout la répétition, l’atténuation et l’omniprésence de certains sujets dans les débats qui favorisent la banalisation de ces derniers.
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Qu’est ce qui fait qu’une idée jugée impensable hier, peut aujourd’hui être débattue dans l’espace publique ? Comment les idées évoluent-elles au sein de notre société, quels sont les mécanismes qui affectent la moralité de certaines opinions.
Ce phénomène n’est pas le fruit du hasard : c’est le résultat d’une mécanique sociale et politique qu’on appelle la “fenêtre d’Overton”. Mais cette fenêtre bouge. Humour, provocation, réseaux sociaux… À force de répétition, des idées choquantes finissent par paraître normales. Avoir connaissance de cette notion, c’est mieux comprendre comment l’opinion évolue et comment elle peut être influencée.
Penser et définir les idées débattues, pourquoi parler de fenêtre ?
Le concept de la fenêtre d’Overton est utilisé depuis les années 1990 par le juriste et lobbyiste américain Joseph P. Overton pour désigner l’ensemble des idées considérées comme acceptables dans une société à un moment donné. Il s’agit d’un effet de psychologie collective : ce dont une société accepte de débattre, les sujets sur lesquels il est possible d’échanger.
L’intérieur de la fenêtre
Il faut imaginer une véritable fenêtre. A l’intérieur de cette fenêtre, il y a les idées qui sont acceptées, ou au moins discutables. Par exemple, l’âge de départ à la retraite est un sujet sur lequel tout le monde accepte de parler même si les avis ne sont pas tous convergents. Il s’agit donc d’une idée clairement à l’intérieur de la fenêtre d’Overton puisque l’idée ne choque personne.
L’extérieur de la fenêtre
Au contraire, les idées en dehors de la fenêtre sont perçues comme radicales, ridicules et inacceptables par la société. Par exemple, rétablir le cannibalisme aujourd’hui est une idée totalement exclue du débat public. L’idée est donc à l’extérieur de la fenêtre: on peut en parler, certes, mais elle reste inacceptable comme proposition sérieuse.
Une fenêtre qui suit des idées en mouvements
Seulement, la fenêtre d’Overton n’est pas figée, au contraire, elle se déplace en même temps que l’évolution des opinions de la société. Une idée autrefois impensable peut devenir acceptable, et inversement.Autrefois, il était tabou de parler d’avortement. Aujourd’hui, c’est un sujet légal et discuté publiquement dans de nombreux pays. Ainsi, pour qu’une idée devienne discutable, elle doit intégrer la fenêtre d’Overton. En politique, il faut bien viser cette fenêtre imaginaire : une idée en dehors de la fenêtre a peu de chances de convaincre.
Certains responsables cherchent donc délibérément à déplacer la fenêtre d’Overton à leur avantage : en introduisant des idées choquantes, ils forcent la société à les considérer, rendant ainsi d’autres propositions auparavant impensables plus acceptables en comparaison.
Plusieurs leviers pour faire accepter une idée :
Multiplier les provocations
En exposant sans cesse le public à des symboles ou propos choquants (saluts nazis, slogans extrémistes), on crée une habitude. À force de répétition, le choc initial s’estompe. Une forme de saturation de l’espace public s’opère, ce qui banalise ces éléments qui tombent alors dans le commun.
Détourner par l’humour et l’art
Quand on répète des idées choquantes à travers des blagues, des mèmes ou des vidéos, elles finissent par paraître moins graves. À force d’en entendre parler, même pour se moquer, on s’habitue et elles deviennent presque normales. Il s’agit d’une forme d’allègement du propos qui n’apparaît alors plus comme si grave.
Propager sur les réseaux et dans les débats
Les Hashtags, stories ou discussions publiques reprenant ces gestes radicaux amènent peu à peu ces idées dans l’espace quotidien, là où elles paraissent “moins délirantes”. En somme, c’est la répétition qui favorise l’intériorisation de certaines idées.
Les exemples récents ne manquent pas pour illustrer ces mécanismes d’incorporation de ces idées dans le débat public :
Elon Musk en Janvier 2025 a été accusé d’avoir reproduit un salut similaire aux nazies lors de l’investiture de Trump, il a nié tout symbole fasciste. L’anecdote est vite devenue un mème, réduisant la gravité du geste et nourrissant la confusion : était-ce une plaisanterie ou un véritable signe idéologique?
Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, il a conclu un discours en février 2025 par un bras tendu, geste assimilé à un salut nazi. Résultat : choc médiatique, mais aussi débat sur sa signification et extinction progressive de la condamnation ferme.
Quand est-il pour l’extrême droite en France ?
Dans les années 80, François Mitterrand accorde au FN une exposition médiatique. Les propos de Le Pen sur l’immigration et l’identité nationale choquent. En 1987, il affirme que « les chambres à gaz ne sont qu’un point de détail de la Seconde Guerre mondiale ». Cette phrase est massivement rejetée comme intolérable dans l’opinion publique. Toutefois, le martelage médiatique, entre autres raisons, a permis à l’extrême droite d’investir l’opinion publique et aujourd’hui, des idées comme la préférence nationale sont reprises par d’autres figures politiques. L’extrême droite française, autrefois marginale, est désormais intégrée au débat politique
Finalement , c’est par la multiplication des provocations et la multiplication des interventions en faveur d’un sujet que l’on déplace la fenêtre d’Overton en sa faveur : ce qui paraissait totalement inacceptable devient graduellement sujet à discussion, à interprétation, voire à minimisation
Références :
- https://www.philomag.com/articles/que-voit-par-la-fenetre-doverton
- “La fenêtre d’Overton ou le champ de l’acceptable en politique”, Le Monde, 2022
- https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/02/16/la-fenetre-d-overton-ou-le-champ-de-l-acceptable-en-politique_6113836_3232.html
- “Fenêtre D’oVerton : comment une idée radicale devient acceptable en politique”, Le Monde, 2024
Que voit-on par la « fenêtre d’Overton”, Philosophie Magazine, 2022
