RÉFLEXE POLITISTE: Par auteurs
La consubstantialité-Danièle Kergoat
01. AUX ORIGINES DU FÉMINISME FRANÇAIS:
Danièle Kergoat est une sociologue française spécialisée dans les rapports entre le genre et le travail. Elle s’inscrit dans la continuité des thèses matérialistes marxistes fondées sur l’analyse des rapports de domination et de classe. Danièle Kergoat intègre cependant une dimension genrée aux analyses sur le travail, portant son attention sur la place des femmes dans ses recherches et sur la compréhension des rapports de domination, notamment dans son ouvrage les Ouvrières paru en 1982
02. COMPRENDRE LA PLACE DES OUVRIÈRES
Dans Les Ouvrières, Danièle Kergoat ne se contente pas de parler des femmes au travail, elle montre que le travail ouvrier est structuré dès le départ par le genre. Les ouvrières occupent majoritairement des postes répétitifs et peu valorisés. Leur travail est ainsi relégué à un second plan, il est invisibilisé.
Cette perception justifie une reconnaissance et une rémunération plus faibles puisque leur travail est perçu comme naturel. Ainsi, contrairement aux ouvriers, les ouvrières subissent une double domination, par leur classe, et par leur genre
03. PENSER ENSEMBLE CLASSE ET GENRE
Pour Danièle Kergoat, on ne peut pas analyser les ouvrières sous un seul angle. Elles ne sont pas seulement des femmes, ni seulement des travailleuses. Leur expérience sociale est construite par plusieurs rapports de domination. Elle est à la croisée de ces deux rapports de domination
La classe sociale et le genre agissent simultanément, en ce sens, ils ne s’additionnent pas mécaniquement. Ce n’est pas une accumulation, mais une expérience particulière.
04. LE DÉTOUR PAR L’INTERSECTIONNALITÉ
Les thèses féministes françaises se construisent en parallèle et en rivalité avec les conceptions féministes étatsuniennes apparues quelques années auparavant, avec notamment des thématiques comme l’intersectionnalité, théorisé par une juriste noire K. Crenshaw pour parler de l’expérience des femmes noires, qui n’étaient ni assez noires pour bénéficier des luttes raciales, ni assez femmes pour bénéficier des luttes féministes traditionnelles. La thèse intersectionnelle, à son origine, s’attache davantage à l’identité, tandis que les thèses françaises cherchent plutôt à comprendre les liens et les dépendances entre les rapports de dominations.
05. LA CONSUBSTANTIALITÉ- L’INTERSECTIONNALITÉ ACTUELLE
La consubstantialité désigne l’imbrication des rapports sociaux. Le genre, la classe et la race qui sont aujourd’hui les principaux rapports de dominations admis (auxquels on pourrait ajouter par exemple la sexualité), ne fonctionnent jamais séparément. Ils se construisent ensemble et se caractérisent dans des situations concrètes. Il est impossible de les hiérarchiser ou de les isoler puisque chaque domination prend forme à travers les autres. On dit que ces rapports sont coextensifs, qu’ils se reproduisent mutuellement et participent ensemble à la stigmatisation de l’individu
06. INTERPRÉTATION POLITIQUE
La consubstantialité incarne aujourd’hui la base sur laquelle les mouvements féministes, anti-racistes et les luttes contre la précarité s’appuient et structurent leurs combats. Elle permet d’apporter la lumière sur des expériences de dominations vécues par des individus. On peut alors citer le travail des domestiques étrangères, dont la domination est triple. Ces concepts permettent de comprendre les rapports de dominations et les inégalités sociales, sans pour autant les résoudre totalement si ce n’est en sortant totalement des logiques patriarcales et capitalistes.
