Le parti (raté?) du mécanisme « 16+1 » de la Chine en Europe central et oriental

En 2012, la Chine lançait un ambitieux programme de coopération pour séduire les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) dit “le 16+1”.

L’objectif était de renforcer les liens économiques, politiques et culturels entre la Chine et ces pays, en utilisant la position stratégique de la région comme pont entre l’Asie et l’Europe.

Dix ans plus tard, les résultats sont bien loin des promesses…

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A l’origine du projet: 

Après la crise financière de 2008, de nombreux PECO cherchent à diversifier leurs partenaires économiques, estimant être devenus trop dépendants de l’Union européenne. La Chine, en pleine expansion mondiale, y voit une opportunité de coopérer avec certains Etats membres en dehors du cadre européen global. 

En 2011 à Budapest, puis en 2012 à Varsovie, Pékin lance officiellement le format 16+1. 

L’idée séduit : davantage de commerce, d’investissements, d’infrastructures et d’échanges humains. Un an plus tard, des sommets annuels et un secrétariat chinois sont mis en place. 

Un groupe très hétérogène: 

Le groupe des “16” n’est en rien un bloc uni.
On y trouve :

  • 11 pays membres de l’Union européenne (comme la Pologne, la République Tchèque, la Hongrie ou la Croatie)
  • 5 candidats à l’adhésion (Serbie, Albanie, Monténégro, etc.).

 Leurs économies, tailles, ambitions et régimes diffèrent largement. Selon la Chine, le passé socialiste des pays a été un critère crucial dans la sélection des seize membres.

Les ambitions chinoises: 

Loin d’être un simple outil de dialogue pour la Chine, cette dernière y voit un levier pour : 

  • Renforcer son influence géopolitique et économique
  • Obtenir un accès à des ressources stratégiques
  • Soutenir l’initiative de la Nouvelle Route de la Soie lancée en 2013 par Pékin, qui prévoit des aménagements importants d’infrastructures, tels que ports, chemins de fer et corridors logistiques, pour faciliter les échanges commerciaux à l’échelle internationale.
  •  Créer une dépendance économique
  • Réduire la concurrence européenne en contournant Bruxelles 

Des résultats décevants:  

Alors que l’objectif de 100 milliards d’euros était fixé pour 2015, en 2017, les échanges commerciaux atteignent à peine les 57 milliards. Le commerce reste déséquilibré avec beaucoup plus d’exportations chinoises que d’importations européennes.  Les investissements chinois, souvent concentrés dans quelques pays comme la Hongrie ou la Serbie, n’ont pas transformé les économies locales. 

Les inquiétudes européennes : 

L’UE craint que Pékin n’utilise cette coopération pour affaiblir son unité politique et son influence normative. L’idée que la Chine puisse influencer certains pays, notamment les Balkans ou la Hongrie, inquiète.  S’ajoutent à cela des tensions plus larges comme les droits humains en Chine, la dépendance économique, les différends commerciaux et la proximité de Pékin avec Moscou.
Tous ces éléments combinés conduisent à plusieurs retraits comme celui de la Lituanie en 2021, suivi par la Lettonie et l’Estonie l’année suivante. 

Conclusion

Sur le papier, le programme de coopération existe encore aujourd’hui mais a évolué au cours du temps.  Le format semble désormais symbolique, vidé de sa substance politique mais qui reflète autant les ambitions globales de la Chine que les réalités complexes du continent européen.