DE SOLFERINO A LA CROIX-ROUGE:
La guerre est loin d’être un phénomène nouveau. En effet, c’est sans doute même une des actions humaines les plus anciennes. Depuis les temps immémoriaux, il y a toujours eu des règles pour la limiter. Cependant, ce n’est qu’au XIXe siècle que l’histoire du droit international humanitaire moderne a réellement vu le jour.
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Le 24 juin 1859, dans le Piémont italien une bataille extrêmement meurtrière laisse Français, Sardes et Autrichiens sans soin, agonisant, au milieu des morts et des cris. Henri Dunant, homme d’affaires suisse, découvre, presque par hasard, ce spectacle insoutenable. Cette image marquera sa vie et deviendra le point de départ du droit international humanitaire (DIH) moderne.
H. Dunant va passer deux années à rédiger un ouvrage qu’il intitulera Un souvenir de Solférino. Dans ce texte, il va proposer deux idées révolutionnaires:
- Créer des sociétés de secours pour aider les blessés sur le champ de bataille.
- Définir des règles internationales pour protéger ces secouristes et les victimes, afin qu’ils ne deviennent pas des cibles.
Ces principes seront à l’origine de la Première Convention de Genève de 1864, que nous allons détailler ci-après.
En 1863, est fondé autour des idées de H. Dunant, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Il parvient en quelques mois à réunir seize Etats au sein d’une conférence diplomatique qui aboutit à la signature de la Première Convention de Genève. En plus de la création des comités de secours dans chaque pays, l’emblème de la Croix-Rouge sur fond blanc est également adopté. La Convention définit par ailleurs le sort des personnes aux mains de l’ennemi et qui ne participent pas au combat.
A l’époque, cette nouvelle forme d’assistance ne fait pourtant pas l’unanimité. Les milieux pacifistes et antimilitaristes craignent qu’en adoucissant les souffrances des soldats, la Croix-Rouge contribue à rendre la guerre plus acceptable et donc par conséquence plus fréquente.
Après la Seconde Guerre mondiale, on a beaucoup reproché à la Croix-Rouge de ne pas être intervenue dans les camps de concentration. En réalité, elle n’avait pas de base juridique pour le faire. Ce manque de régulation pour protéger la population civile a conduit à la création des quatre Conventions de Genève de 1949.
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LES PRINCIPES FONDATEURS DE LA CROIX- ROUGE:
Le mouvement repose sur sept principes fondateurs:
- Humanité : protéger la vie et la dignité de tous.
- Impartialité : pas de discrimination selon la race, la religion, le sexe ou le camp dans le conflit.
- Neutralité : ne pas prendre parti dans les conflits.
- Indépendance : agir librement, sans influence politique.
- Volontariat : 80 à 90 % des actions sont réalisées par des bénévoles.
- Unité : une seule société nationale par État.
- Universalité : présence dans le monde entier.
CRITIQUES VIS-À-VIS DE LA CROIX ROUGE:
Il est assez récurrent qu’on accuse la Croix-Rouge de passivité ou d’indifférence, notamment dans des crises très médiatisées comme le conflit Ukraine-Russie ou le génocide à Gaza qui entrainent une fort polarisation de l’opinion publique et à propos duquel tout le monde devrait prendre parti. Il convient de rappeler que c’est un phénomène récurrent qui surgit à la suite d’un événement marquant divisant l’opinion publique. Il y avait également une forte pression pour choisir le “bon” camp à la suite du 11 septembre 2001.
Pourtant en conservant cette neutralité, le CICR peut franchir les lignes de front, porter secours aux victimes et négocier avec les belligérants pour protéger des vies. C’est pour cela que les méthodes de travail de la Croix Rouge doivent permettre de mener à bien la mission fixée. Par exemple, la neutralité permet d’avoir théoriquement accès à toutes les victimes, qu’elles soient en prison ou dans des camps de réfugiés, de chaque côté du champ de bataille. Pour être acceptées et respectées, la présence et les activités doivent être comprises et partagées par toutes les parties au conflit. Cette pensée peut être résumée par une question posée par Nils Melzer, juriste et directeur du département du droit international, des politiques et de la diplomatie humanitaire : “si nous perdons l’accès aux victimes, qui se rendra là-bas pour les protéger? […] souhaiteraient-ils (sous entendant les gens sur place) que nous restions neutres ou voudraient-ils que nous prenions parti et que nous condamnions publiquement au risque de ne plus avoir accès à eux ?”
Historiquement, les limites du CICR ont été démontrées après la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation. Le cas de l’Afrique subsaharienne révèle que les nombreux problèmes rencontrés par le CICR sont symptomatiques de l’inéquation entre les principes qu’il promeut et la façon dont il se présente sur un terrain peu familier.
Ainsi, les interventions sont-elles purement humanitaires, ou servent-elles indirectement des stratégies militaires ou diplomatiques?
Références :
- Desgrandchamps, Marie-Luce. « En quête de légitimité. Le Comité international de la Croix-Rouge et l’Afrique durant les années 1960 ». Monde(s) 2021/1 N° 19, 2021. p.221-239. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mondes-2021-1-page-221?lang=fr.
- Fiona Terry, Intervenir sans prendre parti : les avantages de la neutralité humanitaire dans les conflits, 9 janvier 2023.
- Nils Melzer & Elizabeth Rushing, La neutralité humanitaire dans les conflits armés contemporains : entretien avec Nils Melzer, 5 avril 2023.
- Robert Mardini, Retour aux fondamentaux : les principes humanitaires dans les conflits armés contemporains, 13 octobre 2022.
- Site web de la croix rouge : https://www.icrc.org/fr
