Depuis la Grèce Antique et le procès de Socrate, le rapport entre politique et vérité est conflictuel. Chacun a déjà entendu la critique adressée aux hommes et femmes politiques d’être des menteurs. Alors, qu’est-ce qui change avec cette nouvelle « ère de la post-vérité » ?
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Selon la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, le principe de la « post-vérité » est que les faits objectifs n’ont plus d’importance face à la vision personnelle de chacun d’une situation. Cela mène à une indifférence à la vérité, peu importe que ce qui est dit soit vrai ou faux, ce qui compte est que que ce soit efficace. Le discours de “post-vérité” porte une « vision de la réalité » où chacun peut promouvoir sa propre vision du monde même si factuellement cela est faux.
Le 29 octobre 2024, E. Ciotti a tenu un discours de « post-vérité » sur la question des affichages publicitaires de l’autobiographie de J. Bardella en gare.
L’homme politique affirmait que ce non-affichage résultait de la « domination des syndicats d’extrême gauches qui ont conduit à cette censure », alors que le journaliste montrait que cette interdiction venait des conditions de vente de Médiatransport dans lesquelles « Tout message publicitaire présentant un caractère politique […] est prohibé ».
Malgré la démonstration des faits, l’homme politique défend une « vision » de la situation, à cela le journaliste lui répond « ce n’est pas une question d’accord, c’est une question de faits ! », E. Ciotti rétorque « il y a des marges d’interprétations ».
Cet exemple d’un discours de « post-vérité » : une ignorance volontaire des faits au profit d’une vision subjective porteuse d’un discours défendant un agenda politique qui n’a plus l’impératif de se soumettre au réel.
L’émotion est un des support essentiel de la “post-vérité” car elle permet de donner du sens voire de légitimer un discours. On reconnaît cette mécanique dans la justification américaine de l’invasion de l’Irak en 2003. Considérée comme un des marqueurs du retour de la post-vérité dans les démocraties, cette justification ne se basait que sur l’émotion provoquée par les attentats du 11 Septembre, puisque la présence d’armes nucléaires n’était pas attestée dans le pays.
On peut soutenir l’hypothèse que cette “ère de la post-vérité” découle d’une faillite du système démocratique libéral et technocrate qui imposerait une voix unique et n’ouvrirait pas l’accès au débat.
Le “There is no alternative” de Margaret Thatcher en est un exemple. La pensée unique que certains ressentent comme imposée, les poussent à la crispation et à l’adhésion à des discours de “post-vérité”.
Le débat est au cœur du fonctionnement de nos démocraties libérales. Celui-ci s’appuie sur des opinions et des arguments renvoyant à des faits.
Avec la “post-vérité”, le débat public est compromis. Un monde dans lequel la parole politique n’est plus liée par le réel, où tout le monde peut dire tout et n’importe quoi, ne peut plus permettre un débat politique serein, pourtant vital au fonctionnement démocratique.
Le lien entre “post-vérité” et totalitarisme tient à la nature même du régime totalitaire.
Dans une société totalitaire, la détermination du vrai n’est plus le réel mais l’autorité. La “post-vérité” y atteint son paroxysme, l’indifférence au réel est totale puisque seule s’impose la vision du pouvoir.
Aujourd’hui, les outils numériques sont des supports de la “post-vérité”. Les Intelligences Artificielles deviennent de plus en plus performantes et arrivent à produire des images ou des vidéos qui sont compliquées à identifier comme vraies ou fausses.
Il est bien possible que l’IA soit l’outil permettant à la “post-vérité” de s’implanter davantage.
