Hong Kong : anatomie d’une métamorphose politique ?

La Région d’administration spéciale de Hong Kong (HKSAR) a été colonisée par les britannique pendant 156 ans, de 1841 à 1997. La région est ainsi empreinte d’un fort héritage britannique qui a notamment marqué les institutions de gouvernance : des règles de droit communes (« Common Law system ») ; des tribunaux indépendants ; une administration professionnelle et un personnel politiquement neutre ; des consultations de la société civile ; un système économique capitaliste basé sur le laisser-faire.

Sous la domination britannique, Hong Kong était dirigé par un gouverneur britannique présidant le Conseil Législatif et ayant l’initiative des lois.

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La rétrocession

La rétrocession de Hong Kong à la Chine continentale, ou « motherland », est en réalité le fruit de négociations et de démarches entamées depuis 1979. Mais c’est seulement en 1984 que l’accord bilatéral est signé, annonçant officiellement la fin du Hong Kong britannique.

En vue de la rétrocession, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong, Chris Patten (1992-1997), a multiplié les réformes sur les dernières années de son mandat afin de préparer la ville à l’arrivée de Beijing. L’une des principales mesures est une réforme électorale qui garantit aux Hongkongais la tenue d’élections législatives en 1998.

La réception des Hongkongais face à la rétrocession oscille entre ceux qui, par nationalisme, considère que réintégrer l’espace chinois constitue une réparation face au moment colonial ; ceux qui considèrent la rétrocession comme un simple changement de souveraineté ; enfin, ceux qui considèrent la rétrocession comme un point de non-retour et de l’effacement du système économique et judiciaire singulier de Hong Kong. Malgré la presse peu glorieuse faite au gouvernement chinois par leurs homologues britanniques, les Hongkongais étaient nombreux à accueillir les chars de l’Armée populaire de libération le matin du 1 Juillet 1997.

Le cadre institutionnel de Hong Kong

Naturellement, le retour de Hong Kong au sein de la « terre-mère » engendre une tutelle de plus en plus stricte de la part de l’entité chinoise.

Ces modalités d’encadrement sont évoquées, pour la première fois, dans une déclaration conjointe de la Grande Bretagne et de la République populaire de Chine en 1997 lors de laquelle les différents partis affirment que « la Région d’administration spéciale de Hong Kong sera directement placée sous l’autorité du gouvernement populaire central et jouira d’un haut degré d’autonomie, sauf en matière d’affaires étrangères et de défense, qui relèvent de la compétence du gouvernement populaire central ».

Cette prégnance de Beijing sur Hong Kong est également exprimée dans cette déclaration par : « Le chef de l’exécutif de la Région d’administration spéciale de Hong Kong sera nommé par le gouvernement populaire central sur la base des résultats des élections ou des consultations qui se tiendront localement. Les principaux responsables seront désignés par le chef de l’exécutif pour être nommés par le gouvernement populaire central. ».

Cela signifie alors que, sous couvert d’une consultation locale, c’est bien le gouvernement populaire central et donc, le président de la République populaire de Chine, qui nomme directement la personne de son choix au plus haut poste du gouvernement hongkongais. Cette structure de nomination hiérarchique permet alors à Beijing d’investir toutes les strates décisionnaires de la région.

Le statut de Hong Kong, en tant que Région d’administration spéciale, est directement inscrit dans la constitution de la République Populaire de Chine depuis 1982. L’article 31 stipule alors que « L’État peut créer des régions administratives spéciales lorsque cela est nécessaire. ».

Les caractéristiques et le cadre institutionnel de Hong Kong sont inscrits dans la « Basic Law » qui est considérée comme une mini-constitution et qui a été adoptée en 1990 par l’Assemblée nationale populaire chinoise. Une nouvelle fois, c’est bien Beijing qui décide de l’organisation politique et civile de Hong Kong.

1997 : la mise en place d’une gouvernance selon le principe du « One country, Two systems »

Cette initiative de gouvernance selon le principe du « One country, Two systems » émerge de la volonté du président chinois Deng Xiaoping (1983-1990) à partir des années 1980 afin d’intégrer des territoires à la Chine continentale tout en préservant certaines de leurs caractéristiques particulières.

Ainsi, appliqué à Hong Kong, ce système vise à faire coexister au sein d’un seul pays deux systèmes, à savoir le système socialiste de la Chine et le système capitaliste de Hong Kong. Ainsi, dans les premières années, les dirigeants chinois ont évoqué à de multiples reprises leur volonté de faire fonctionner ce système.

Lors du discours à la cérémonie de l’établissement de la région d’administration spéciale de Hong Kong le 1er Juillet 1997, le président Jiang Zemin affirme que « Hong Kong exercera un haut degré d’autonomie et jouira des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire indépendant, y compris celui de statuer en dernier ressort, conformément aux dispositions de la Basic Law ». Le président réaffirme alors les principes évoqués dans l’accord conclu en 1984 et notifie l’objectif de démocratiser Hong Kong. Il considère alors qu’« un système démocratique progressivement amélioré et adapté à la réalité de Hong Kong est une garantie importante pour sa stabilité sociale et politique. ». Néanmoins, malgré les nombreuses promesses de démocratisation, les réformes des nouveaux gouvernements vont peiner à aboutir. A la fin des années 90’s, le nouveau gouvernement de Hong Kong hésite entre mener des politiques douces de démocratisation (sur le long terme) et des politiques radicales. Finalement, les partisans de la réforme radicale ont été évincés et les tentatives de démocratisation ont tellement été débattues qu’elles n’ont jamais réellement été mises en place.

Pendant les premières années du système, le gouvernement de la République populaire de Chine a tenu à réaffirmer la nécessité du « One country, Two system ». C’est notamment le cas du président Hu Jintao qui, lors du banquet du 10ème anniversaire de la rétrocession, affirme que ce principe « ne peut être séparé l’un de l’autre ». L’objectif est alors, toujours, de conserver la souveraineté et la sécurité de la Chine tout en garantissant un haut degré d’autonomie à Hong Kong.

Cependant, désormais, ce principe de gouvernance tend à décliner à cause de l’ingérence de plus en plus accrue de Beijing sur Hong Kong.  

La montée des revendications démocratiques hongkongaises

La manière dont les habitants de Hong Kong s’identifient a évolué depuis 1997. En effet, avant 2012, nombre des citoyens s’auto-caractérisent par une double identité Hongkongais/Chinois. Or, depuis 2012, les Hongkongais ont tendance à se distancier de l’identité chinoise devenant, ainsi, plus nationalistes.

Cette nouvelle perception de leur identité va de pair avec le contexte social et politique de la ville. En effet, les réformes électorales manquées et les promesses de démocratisation non tenues ont favorisé l’émergence d’une participation politique de plus en plus régulière et intense de la part des Hongkongais. Bien que la population soit familière avec les manifestations (2003 contre un article proposé par le gouvernement ; 2011 contre les femmes de Chine continentale venant donner naissance à Hong Kong…), c’est véritablement en 2013 et 2014 qu’à lieu l’une des plus importantes manifestations. Ce que l’Occident qualifie de « Révolution des parapluies », le gouvernement de la Chine le mentionne comme le « mouvement Occupy Central ».

Cette révolution prend naissance dans les cercles estudiantins de Hong Kong qui réclament de réelles élections libres afin d’élire le chef de l’exécutif sans passer par des candidats nommés par le comité pro-Beijing pour l’élection du chef de l’exécutif. Les étudiants sont alors rejoints, dans des manifestations spectaculaires, par des centaines de milliers de personnes, afin d’occuper pacifiquement les principales artères de la ville (Central, Admiralty ou encore Mong Kok). Ce mouvement est sévèrement réprimé par le gouvernement et la police. La « Révolution des parapluies » tire alors son nom des parapluies levés par milliers comme des boucliers afin de faire face aux assauts des policiers et de leurs tirs de lacrymo. Finalement, le mouvement se termine sans aboutir à des concessions immédiates mais son impact a fortement influencé les manifestations de 2019 contre la loi d’extradition.

Cette loi, proposée par le gouvernement de Hong Kong (pro-Beijing) permet de transférer les prisonniers et suspects hongkongais vers la Chine continentale. Cette loi est perçue, par la population locale, comme une privation des libertés et comme un bafouement de la promesse d’une justice indépendante à Hong Kong.

En dépit des manifestations pacifistes ayant rassemblées plus d’un million de personnes, Beijing impose en 2020 la « National Security Law ». Cette loi accorde une très grande marge de manœuvre au gouvernement de la RPC et autorise Beijing, entre autres, à administrer des procès directement en Chine continental : les juges sont choisis directement par le pouvoir exécutif et le contrôle des médias, de l’éducation (manuels scolaires) et la censure est fortement renforcée. Cette loi s’accompagne de l’arrestation de nombreux personnels politiques hongkongais et élus locaux qui étaient contre Beijing.

Et aujourd’hui ?

En 2025, Beijing contrôle Hong Kong plus que jamais. Tous les principaux administrateurs et personnels politiques sont nommés par le pouvoir central, rendant impossible une juste représentation des Hongkongais. Les promesses de démocratisation n’ont jamais été tenues et le principe du « One country, Two system » n’est désormais plus qu’une illusion.

L’ingérence de Beijing se fait de plus en plus présente alors qu’elle tend à éteindre les voix dissidentes. En ce sens, depuis 2020, les institutions de Hong Kong ont profondément été remaniées notamment par la National Security Law et par un énième remodelage du système électoral. Finalement, le chef de l’exécutif, qui est la personne détenant le plus de pouvoir à Hong Kong, est directement subordonné au gouvernement de la République Populaire de Chine.

La population se retrouve alors dépolitisée par la contrainte dans la mesure où est observée une chute de la participation non institutionnelle ainsi que la réduction de l’espace public contestataire.

Finalement, le système de gouvernance à Hong Kong reste bien une expérience unique à mi-chemin entre organisation post-coloniale et système socialiste chinois.