Qu’entend-on par démocratie ?

Nous vous proposons donc de revenir sur l’histoire de la démocratie, de ses origines athéniennes à ses conceptions libérales.

1. Un pouvoir du peuple ?

Le terme « démocratie » provient du grec dêmos (peuple) et kratos (pouvoir), suggérant un gouvernement exercé par le peuple. Mais qui est ce « peuple » ?

On peut distinguer trois conceptions du peuple dans la pensée politique, qui se recoupent sans se recouvrir totalement :

  • Le peuple dêmos, désignant la partie la moins favorisée de la population, historiquement tenue à l’écart du pouvoir.
  • Le peuple ethnos, défini par une appartenance naturelle, culturelle ou ethnique, souvent mobilisée par les discours nationalistes.
  • Le peuple logos, conçu comme une communauté fondée sur une adhésion commune à un projet politique.

Historiquement, la démocratie a connu plusieurs sens. Telle qu’on la connaît aujourd’hui, elle n’est pas l’héritière directe d’Athènes. Si la cité grecque a posé les bases d’un gouvernement du peuple, se traduisant par des institutions comme le tirage au sort ou les assemblées populaires, cette expérience (506-322 av. J.-C.), réservée à une minorité, s’accompagnait d’un paradoxe : la majorité des penseurs de l’époque critiquaient ce modèle.

2. Un droit de choisir son tyran ? 

Après une longue période de disqualification de la démocratie, le XVIIIe siècle voit l’invention du gouvernement représentatif, un système dans lequel le peuple est symboliquement souverain mais ne détient, en réalité, pas le pouvoir. C’est l’idée d’une sélection, par l’élection, de gouvernants qui conduise à ce que les « meilleurs » puissent gouverner au nom du peuple, mais sans lui. 

Si elles ne peut être définies comme le pouvoir du peuple, nos démocraties dites « libérales » sont inséparables d’un principe de protection des libertés individuelles : liberté de manifester, d’expression, de réunion, d’association…

La démocratie libérale est aussi une manière de concevoir l’égalité et la participation, qui repose sur la reconnaissance de l’Autre comme égal et interlocuteur légitime. En démocratie, le conflit politique ne vise pas à détruire l’Autre, mais à débattre et à accepter l’alternance politique.

3. Et aujourd’hui ?

Après 1945, la démocratie représentative atteint un « âge d’or », notamment grâce à la délégitimation des régimes autoritaires et à l’influence des partis de gauche et des syndicats. Toutefois, depuis les années 1980, le tournant néolibéral a affaibli la capacité d’intervention de l’État et les mécanismes de représentation populaire, ouvrant la voie à une crise démocratique.

Depuis, le nombre d’Etats démocratiques ne fait que diminuer au profit de démocraties dites « illibérales », qui se réclament du vote populaire (composante démocratique) tout en restreignant les libertés fondamentales (illibéralisme). Ce phénomène est visible dans les stratégies des gouvernements d’extrême-droite qui affaiblissent les contre-pouvoirs (justice, presse) au nom de la volonté majoritaire. 

Par ailleurs, les crises successives que nous traversons, sur les plans sanitaire, climatiques ou économiques, ont des effets sociaux et politiques qui se concrétisent par une radicalisation de l’action politique. Partout, et pas que dans les régimes dont le pouvoir est détenu par l’extrême-droite, ces crises, souvent synonymes de régression des libertés, justifient des mesures d’exception qui deviennent permanentes. En France par exemple, au nom de la lutte contre le terrorisme, certaines mesures relevant de l’état d’urgence ont été intégrées dans le droit commun, multipliant les atteintes aux libertés publiques et individuelles, qui sont pourtant au cœur de notre Etat de droit.

Face à cette évolution et à l’aggravation des crises, la vigilance citoyenne, la défense des libertés fondamentales et le renforcement des contre-pouvoirs apparaissent plus que jamais comme des enjeux décisifs pour préserver ce qu’il reste d’une démocratie représentative, aussi imparfaite soit-elle, avant qu’il ne soit trop tard